Le comportement de remplacement est souvent utilisé dans l’analyse du comportement appliqué pour décrire un comportement socialement acceptable qui peut remplacer un comportement problématique indésirable (connu sous le nom de comportement cible).
Ce comportement indésirable est généralement perturbateur pour la vie à la maison ou l’instruction en classe, voire nuisible à l’élève ou à l’enfant.
En tant que substitut constructif, le comportement de remplacement est un comportement prosocial qui soutient à la fois l’élève individuel et sa famille et ses pairs. Cela permet de créer un environnement plus positif et de favoriser une meilleure interaction sociale entre les personnes concernées.

Comportement de remplacement : définition et aperçu
Dans l’analyse appliquée du comportement (AAC), les praticiens se concentrent sur deux types de comportements :
- Le comportement cible : il s’agit du comportement que l’on veut éliminer au cours de l’intervention AAC.
- Le comportement de remplacement : c’est le comportement que nous voulons introduire pour remplacer le comportement cible.
Le comportement de remplacement est parfois appelé comportement fonctionnellement équivalent. Il est défini comme :
« des comportements souhaitables/acceptables qui atteignent le même résultat qu’un comportement problématique moins souhaitable »
L’élément crucial du comportement de remplacement est qu’il doit remplir la même fonction que le comportement problématique tout en étant socialement plus acceptable.
Exemples de comportements de remplacement
Voici quelques exemples de comportements de remplacement pour différentes situations :
- Lorsqu’un élève pousse un camarade de classe pour attirer l’attention, il peut apprendre à tapoter doucement sur l’épaule pour obtenir le même effet.
- Un jeune enfant pleurant fort pour avoir un jouet peut apprendre à demander ce qu’il veut avec des mots.
- Si un élève jette ses livres sur le bureau par frustration, il peut apprendre à demander une courte pause.
- Un élève qui répond aux questions sans attendre son tour peut lever la main et demander à l’enseignant de regarder son travail.
- Si un élève pleure parce qu’il trouve un devoir trop difficile, il peut lever la main et demander de l’aide.
- Lorsqu’un élève tape sur son bureau pendant un cours, il peut relâcher son énergie nerveuse en jouant avec un objet antistress pendant que l’enseignant parle.
- Un élève qui prend un jouet des mains d’un camarade de classe peut apprendre à demander poliment s’il peut l’emprunter.
- Pour attirer l’attention de l’enseignant pendant la lecture d’un livre, un élève perturbateur peut s’asseoir à côté de lui pour se sentir émotionnellement connecté.
- Un élève qui tente de faire tourner un crayon entre ses doigts peut dissiper son énergie en manipulant une balle anti-stress dans une main.
- Un élève qui boude et se sent impuissant face à un devoir trop difficile peut lever une carte avec une expression triste pour montrer à l’enseignant qu’il a besoin d’aide.
En enseignant et renforçant ces comportements de remplacement, vous contribuez à créer un environnement d’apprentissage plus positif et harmonieux.
La théorie : remplacer un comportement perturbateur
Pour que le comportement de remplacement soit efficace, il doit servir la même fonction que le comportement perturbateur.
Par exemple, si un enfant répond aux questions sans attendre son tour pour montrer qu’il a étudié, le comportement de remplacement doit permettre à l’élève de satisfaire ce besoin.
Les quatre principales fonctions d’un comportement perturbateur d’un élève sont :
- Recherche d’attention : L’enfant est perturbateur pour attirer l’attention d’un adulte ou d’autres enfants. Les comportements peuvent inclure faire des bruits étranges, pleurer/se plaindre, ou donner des réponses à voix haute. Même si l’adulte montre son mécontentement face à ces actions, une attention négative reste de l’attention.
- Évasion : Cela peut être une évasion d’une tâche ou d’une situation. Le but est de s’éloigner et d’éviter de faire un devoir ou de participer à une activité. Les comportements peuvent inclure pleurer, faire une crise de colère, ou simplement s’enfuir.
- Accès aux objets tangibles : L’enfant cherche à obtenir un jouet ou à participer à une activité. N’ayant pas appris des moyens constructifs pour y accéder, il peut manifester de la colère, pleurer/se plaindre, ou se livrer à une agression physique, comme pousser un autre enfant hors de la route.
- Sensitif : Certains enfants ont besoin d’une stimulation sensorielle supplémentaire, tandis que d’autres se sentent submergés par une légère stimulation. Ainsi, l’enfant adopte un comportement perturbateur pour stimuler ses sens, comme rebondir excessivement sur sa chaise ou donner des coups de pied.
Dans d’autres cas, l’enfant peut crier ou s’enfuir pour bloquer une stimulation externe.
Comment évaluer la fonction d’un comportement perturbateur
Pour déterminer la fonction d’un comportement, un enseignant seul ou une équipe de professionnels (enseignants, conseiller d’éducation, psychologue) réalise une analyse fonctionnelle du comportement (AFC).
L’AFC est un ensemble de méthodes pour recueillir des informations sur les antécédents, les comportements et les conséquences afin de déterminer la raison (fonction) du comportement.
Les différentes méthodes pour réaliser une AFC sont :
- Méthodes indirectes : examiner les dossiers scolaires ou mener des entretiens avec les enseignants et les parents. Cela permet de comprendre les schémas comportementaux typiques de l’enfant. Les enseignants et les parents peuvent souvent apporter des informations précieuses sur ce qui motive les actions de l’enfant.
- Méthodes directes : observer l’enfant dans un environnement naturel, comme la salle de classe ou la cour de récréation.
- Utilisez un formulaire d’enregistrement ABC, qui signifie antécédents, comportements et conséquences. Des instructions détaillées pour utiliser le formulaire d’enregistrement sont disponibles, ainsi qu’un modèle téléchargeable gratuitement.
- Analyse expérimentale : l’enseignant teste différentes causes et antécédents pour déterminer s’ils provoquent le comportement perturbateur. C’est une forme de test d’hypothèse avec un élève individuel.
En utilisant ces méthodes, vous pouvez identifier et comprendre la fonction des comportements perturbateurs et ainsi adapter votre approche pour aider l’élève concerné.
Études de cas sur le comportement de remplacement
1. Comportements de remplacement pour les comportements motivés par l’évasion
Dwyer et ses collaborateurs (2012) ont étudié l’efficacité de quatre comportements de remplacement (aide de l’enseignant, pause, choix entre aide ou pause, ou aucun) pour trois jeunes élèves masculins (7 et 8 ans) ayant des perturbations émotionnelles.
Une analyse fonctionnelle du comportement (FBA) a été réalisée pour chaque élève, incluant l’examen du dossier de l’élève, des entrevues avec l’enseignant, des entrevues avec les élèves et des observations systématiques pour documenter les niveaux de comportements problématiques et identifier les antécédents et les conséquences.
L’analyse a révélé que le comportement inadapté hors-tâche de tous les élèves était motivé par le désir d’échapper à l’instruction.
Les élèves ont reçu une formation (deux séances de 15 minutes) sur les comportements de remplacement tels que l’utilisation d’une carte d’aide, d’une carte de pause, complétée par de la pratique guidée, de la modélisation et du jeu de rôle.
Leurs comportements en tâche et hors tâche ont été observés pendant une phase de référence et pendant l’application des conditions de traitement, où ils devaient utiliser l’un des quatre comportements de remplacement.
Les résultats ont montré que lorsqu’on leur offrait le choix entre demander de l’aide ou prendre une pause, les élèves présentaient en moyenne le niveau le plus bas de comportement hors tâche.
2. L’agression et les comportements de substitution
Un résident d’un foyer de groupe, âgé de 24 ans et souffrant de retard mental profond, présentait des problèmes d’agressivité.
Son agressivité causait des blessures allant des ecchymoses aux saignements. Le résident risquait de perdre sa place dans le foyer, de prendre des médicaments pour réduire son agressivité ou les deux.
L’analyse des antécédents a montré que l’agressivité était moins fréquente lorsque le résident recevait de l’attention sociale sous forme de contact physique et de conversation avec le personnel.
Le personnel a été formé pour mettre en œuvre deux versions de comportement de substitution pour le résident : « Pointer » et « Épeler ».
Voici les résultats notables :
- Avant l’étude, l’agressivité se produisait en moyenne 21,2 fois par mois
- Pendant les 4 mois suivant l’étude, l’agressivité se produisait en moyenne 1,4 fois par mois
- Deux ans après l’étude, le résident a formé des phrases en pointant des images, en commençant par « Je veux » et se terminant par des mots tels que : parler, aider, beurre de cacahuète et confiture, crackers, pizza, hamburger, papa.
Cela démontre l’efficacité des comportements de substitution pour réduire l’agressivité chez les personnes atteintes de troubles du développement. Le remplacement de l’agression par des comportements socialement acceptables contribue à améliorer la qualité de vie de ces individus.
3. Remplacer le comportement d’agitation par un autre comportement d’agitation
Il n’est pas nécessaire que les comportements de remplacement soient toujours liés à des comportements perturbateurs graves, comme l’agressivité. De nombreux jeunes élèves peuvent être perturbateurs car ils sont trop occupés à gigoter, à faire des bruits inutiles et à provoquer des distractions. Ils ont simplement besoin de trouver une manière plus constructive de dépenser leur énergie. Pour cela, on utilise une stratégie appelée renforcement non contingent.
Les jouets pour agitation sont populaires pour la manipulation manuelle ou la stimulation sensorielle.
Parmi ceux-ci, on trouve des objets pour l’agitation motrice importante, tels que le siège pour remuer, la chaise à boule et le sandow d’agitation (Fidget Band). Ces objets sont parfois appelés équipements kinesthésiques.
Le but est de savoir si ces équipements permettent à l’enfant de s’engager dans un comportement de remplacement constructif au lieu d’être perturbateur à cause d’un mouvement excessif.
Une étude de Flippin et al. (2021) a fourni plusieurs salles de classe élémentaires avec cinq types d’équipement kinesthésique (ballons d’exercice, bureaux debout, bureaux à genoux et à rotation, pédales sous le bureau et sandows d’agitation).
Les résultats ont montré que l’utilisation de ce matériel était associée à une augmentation significative du temps passé concentré sur la tâche par les élèves durant les semaines où l’équipement était disponible, comparativement aux semaines sans équipement.
Conclusion
Enseigner un comportement de remplacement à un enfant, c’est lui apprendre à adopter des moyens constructifs pour obtenir ce qu’il souhaite, au lieu de se comporter de manière perturbatrice. Pour qu’un comportement de remplacement soit adopté par l’élève, il doit remplir la même fonction que le comportement perturbateur.
Pour déterminer cette fonction, vous ou une équipe de professionnels pouvez mener une analyse fonctionnelle du comportement en examinant les dossiers existants, en interrogeant les personnes qui interagissent avec l’élève et en observant l’enfant dans son environnement naturel afin d’identifier les déclencheurs et les conséquences de ses actions.
Cette analyse vous donnera la base d’un plan d’action à mettre en œuvre avec la personne concernée.
Bien que les comportements de remplacement soient généralement abordés dans le contexte de problèmes comportementaux sévères, ils peuvent également être utiles pour d’autres populations.
L’efficacité de ces comportements de remplacement dépendra de la pertinence de l’analyse fonctionnelle et de l’adéquation du plan d’action mis en place.
