Les comportements collectifs font référence à un ensemble de comportements psychologiques qui se produisent lorsqu’un grand nombre de personnes agissent de manière relativement non structurée et imprévisible.
En d’autres termes, il s’agit des comportements spontanés d’un groupe de personnes. Ils se distinguent des comportements conventionnels que l’on observe dans les salles de classe, les lieux de travail ou autres cadres quotidiens, et c’est pourquoi ils sont difficiles à prévoir et à contrôler.
Le comportement collectif peut aller de choses inoffensives comme les modes passagères à des actions extrêmement violentes comme les lynchages de foule. Ils peuvent impliquer des personnes qui sont physiquement proches les unes des autres (par exemple, foules, émeutes, paniques, etc.) ou assez éloignées (rumeurs, hystérie de masse, modes, etc.).

Définition des comportements collectifs
Les comportements collectifs sont des événements ou des actions résultant de l’interaction entre individus et groupes face à une situation ou un stimulus commun.
Ces comportements sont généralement non planifiés, non institutionnalisés et non normatifs, ce qui signifie qu’ils ne suivent pas les règles ou conventions établies de comportement.
Ces comportements reflètent les problèmes sociaux, économiques et politiques plus larges de la société. La première étude concernant les comportements collectifs vient de la psychologie des foules, étudiée par Gustave Lebon dans Psychologie des foules.
Lebon a soutenu que, dans une foule, la pensée et les réponses individuelles disparaissent. À la place, un « esprit collectif » est créé, et cela conduit les gens à ressentir, penser et agir différemment de la manière dont chacun d’entre eux le ferait individuellement.
Les individus des groupes peuvent souvent vivre une dépersonnalisation, ce qui fait qu’ils ne se sentent plus personnellement responsables de leurs actions, car ils peuvent se fondre dans la foule et se conformer à ses normes émergentes.
Lebon prétendait que cela se produit pour trois raisons. Premièrement, les foules offrent l’anonymat, supprimant ainsi le sentiment de responsabilité personnelle. Deuxièmement, les idées se propagent rapidement dans le groupe de manière contagieuse. Troisièmement, dans les foules, les aspects inconscients de la personnalité prennent le dessus.
Sigmund Freud a développé des idées similaires à partir d’une perspective psychanalytique. Il a soutenu que la foule se caractérise par une perte de conscience, des émotions excessives et de l’impulsivité.
Exemples de comportements collectifs
Voici quelques exemples notables de comportements collectifs :
- La folie Pokémon Go : En 2016, Pokémon Go est devenu un phénomène mondial. Ce jeu mobile en réalité augmentée permettait aux joueurs de capturer des Pokémon dans le monde réel et a été téléchargé par des millions de personnes. Certains joueurs étaient tellement immergés qu’ils en oubliaient leur environnement et se mettaient en danger.
- Les émeutes de Los Angeles (1992) : Également connues sous le nom d’émeutes de Rodney King, elles ont eu lieu en avril-mai 1992 suite à l’acquittement de quatre policiers de Los Angeles ayant battu un homme afro-américain, Rodney King. Ces événements ont provoqué pillages, incendies et agressions, et n’ont été résolus qu’après l’intervention de l’armée et des forces de l’ordre fédérales.
- Les procès des sorcières de Salem : Ces procès qui ont eu lieu au 17ème siècle sont un exemple d’hystérie collective. Le Massachusetts colonial s’éloignait des pratiques religieuses traditionnelles et connaissait des échecs de récoltes et des difficultés économiques. Dans ce climat d’anxiété, des jeunes filles ont été accusées de sorcellerie. La panique s’est propagée et les accusations se sont multipliées, conduisant à l’exécution de plus de 20 personnes.
- La tulipomanie : Aux Pays-Bas, au 17ème siècle, la demande de bulbes de tulipes a explosé, faisant monter les prix de manière astronomique. Certains bulbes étaient vendus à un prix supérieur à celui d’une maison ! Ce phénomène est souvent considéré comme la première bulle spéculative de l’histoire. La folie a commencé chez les riches marchands néerlandais avant de s’étendre à l’ensemble de la société, puis la bulle a éclaté en 1637.
- Le krach boursier de 1929 : Il s’agit du krach le plus dévastateur de l’histoire des États-Unis. Durant les années 1920, le pays connaissait une prospérité économique avec une hausse constante du marché boursier. De nombreuses personnes ont investi et, avec l’afflux d’investisseurs, les prix des actions ont continué de grimper. Finalement, le marché est devenu surévalué et les gens se sont précipités pour vendre leurs actions. Le marché s’est effondré, entraînant des années de dépression sévère.
- La frénésie du Vendredi Noir : Le vendredi suivant Thanksgiving, des achats frénétiques sont réalisés en raison des soldes importantes proposées par les détaillants. Ces derniers ouvrent leurs portes tôt et cette journée marque le début de la saison des fêtes. Le Vendredi Noir est synonyme de compétition et d’urgence pour les achats, parfois menant à des bousculades et des combats ayant entraîné des décès.
- L’hystérie de « La guerre des mondes » : En 1938, Orson Welles réalise une adaptation radiophonique de la célèbre nouvelle d’H.G. Wells sur l’invasion extraterrestre, provoquant la panique chez de nombreux auditeurs persuadés que l’invasion était réelle. Ils ont alors contacté les services d’urgence ou tenté de joindre amis et famille.
- Les lynchages de foule : Les lynchages de foule sont des actes de violence commis par un groupe de personnes qui se font justice elles-mêmes. Aux États-Unis, de nombreux lynchages ont eu lieu dans le Sud pendant la période de la Reconstruction. En Inde, des cas récents ont été enregistrés, comme le meurtre de Mohammad Akhlaq en 2015, accusé d’avoir tué une vache, animal sacré dans l’hindouisme.
- Le gazier fantôme : Il s’agirait d’un individu responsable d’une série d’attaques au gaz dans l’Illinois durant les années 1940. Plus de deux douzaines de plaintes ont été déposées concernant des gaz provoquant paralysie et nausées chez les victimes. Aucune preuve matérielle n’a été trouvée par la police et cette affaire a été considérée comme un cas d’hystérie collective.
- La catastrophe de Hillsborough : Survenue en 1989 lors d’un match de football, cette tragédie a eu lieu lors de la demi-finale de la FA Cup entre Liverpool et Nottingham Forest. Un trop grand nombre de personnes s’est entassé dans les enclos debout, provoquant une bousculade qui a tué 97 personnes et blessé des centaines d’autres, constituant ainsi la pire tragédie sportive en Grande-Bretagne.
Types de comportements collectifs
Il y a plusieurs types de comportements collectifs.
1. Comportements de foule
Une foule est un grand nombre de personnes se rassemblant soit par hasard, soit pour un objectif commun.
On distingue plusieurs types de foules : occasionnelles, conventionnelles et de protestation.
- Foules occasionnelles : Ce sont des rassemblements par hasard, comme des personnes attendant un train.
- Foules conventionnelles : Il s’agit de regroupements pour un but spécifique (conventionnel) comme dans un cinéma. Lorsque les gens se rassemblent pour « appartenir à la foule elle-même » (Goode, 1992), on parle de foule expressive ; par exemple, un renouveau religieux ou un rassemblement politique. Une foule agissante commet des comportements violents ou destructeurs, comme une émeute.
- Foules de protestation : Enfin, lorsque les gens se rassemblent pour exprimer leur opinion sur une question sociopolitique ou économique, on a une foule de protestation.
2. Engouements et folies
Nous observons que les engouements et les folies sont des formes inoffensives de comportement collectif qui se propagent souvent sur de longues distances.
Voici quelques exemples :
- Engouements : il s’agit d’un produit ou d’une activité, généralement assez banal, qui est populaire pendant une courte période. Par exemple :
- Rubik’s Cube
- Beanie Babies
- Hand spinner
- Folies : cela désigne une activité à laquelle un petit groupe de personnes participe avec un enthousiasme débordant. Un exemple serait :
- Pokémon Go
3. Rumeurs et hystérie collective
Les rumeurs sont des histoires basées sur des sources peu fiables, tandis que l’hystérie collective se produit lorsqu’il y a une peur généralisée de quelque chose d’insignifiant.
- Rumeurs : Ce sont des histoires non étayées par des preuves qui se propagent rapidement, en particulier grâce aux réseaux sociaux. Elles peuvent être vraies ou fausses, mais se révèlent généralement fausses.
- Hystérie collective : Ce phénomène se produit lorsque la peur de quelque chose s’avère fausse ou très exagérée, affectant un grand nombre de personnes.
4. Émeutes
Les émeutes sont des explosions spontanées de violence et de destruction causées par un grand nombre de personnes.
Généralement, elles ont un caractère politique, exprimant le mécontentement envers une problématique socio-politique ou économique : on les appelle émeutes de protestation. Parfois, la célébration d’un événement peut dégénérer et se transformer en émeutes festives.
Dans certains cas, les émeutes peuvent même être sans cause apparente, comme le pillage lors d’une coupure de courant généralisée.
5. Catastrophes
Les catastrophes naturelles, telles que les inondations, les tremblements de terre et les ouragans, sont extrêmement destructrices.
Vous pourriez penser qu’en de telles situations, les gens deviennent entièrement égoïstes et profitent des autres. Cependant, les sociologues ont découvert que le contraire est vrai :
- Les personnes communiquent entre elles pour trouver des solutions collectivement raisonnées.
- Il y a un haut niveau de générosité envers les victimes de catastrophes.
- Les gens s’entraident de diverses manières.
En somme, face aux catastrophes, la solidarité et l’entraide priment sur l’égoïsme.
Conclusion
En résumé, les comportements collectifs concernent un éventail d’activités où des groupes de personnes agissent de manière spontanée et imprévisible.
Ces comportements peuvent varier depuis des modes inoffensives, comme la popularité des hand spinners, jusqu’à des actes extrêmement violents, comme les lynchages de foule et les émeutes. Les sociologues soulignent comment les foules créent une sorte de « mentalité collective », qui peut être très impulsive et difficile à contrôler.
Des exemples tels que les procès des sorcières de Salem nous rappellent les dangers des comportements collectifs et l’importance de la pensée critique dans toutes les sociétés. En même temps, la réponse compatissante des gens après les catastrophes nous montre que les comportements collectifs peuvent aussi parfois être bienveillants. La clé est d’apprendre à comprendre et à naviguer dans ces situations avec discernement et responsabilité.
Références
Gustave Le Bon, Psychologie des foules.
Sigmund Freud, Psychologie de masse et analyse du Moi
